Salaires moins élevés, horaires décalés et plus de pénibilité, le quotidien des travailleurs « invisibles » sous contraintes

Published on May 16, 2024
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Ils sont agents d’entretien, aides à domicile, caristes, aides-soignants, vigiles, livreurs, éboueurs ou encore caissiers… Ils ? Ce sont les 11 millions de travailleurs qui constituent les rouages essentiels de la vie du pays, sans lesquels les commerces, les transports, les services aux personnes ne fonctionneraient pas.

Pour mieux appréhender ces travailleurs de l’ombre, la Fondation Travailler autrement, en partenariat avec le Diot-Siaci Institute et le cabinet conseil en relations sociales Temps Commun, a renouvelé l’enquête menée il y a deux ans (pièce jointe). Cette nouvelle version, dévoilée le 29 avril et intitulée « des vies sous contraintes », met en lumière leur quotidien : leurs conditions de travail, leur vie personnelle et familiale, leur environnement économique et social. « Autant de difficultés du quotidien qui conduisent à une forme de décrochage du reste de la population active française », observe le rapport qui classe les « Invisibles » en trois sous-catégories : les « personnes du soin, du lien et de l’éducation », les « nouvelles populations ouvrières » et les « personnes isolées et fragilisées ».

Un revenu mensuel inférieur de 32 % en moyenne par rapport aux autres actifs

Point commun ? Ces vies professionnelles sont davantage subies. En effet, si ces travailleurs « invisibles » travaillent en moyenne 10 % de moins que les autres actifs, ils gagnent 32 % de moins chaque mois, avec un revenu moyen inférieur à 2 000 euros mensuels alors que les autres travailleurs gagnent environ 2 600 euros par mois. Une précarité financière qui les contraints à renoncer à des soins de santé et à des petits plaisirs.

Pire, 13 % d’entre eux ne parviennent pas à subvenir aux besoins primaires du foyer.

Difficultés à se projeter sur la fin de carrière

À l’écart de la société de consommation, ces salariés vivent aussi leur vie professionnelle sous contraintes. Ils sont, en effet, plus nombreux à travailler en horaires atypiques et morcelés, sans pouvoir prendre une pause à leur gré : 64 % d’entre eux exercent leur métier en horaire décalé (contre 53 % pour le reste des actifs) et le samedi (58 %, contre 50 %).

Parmi les trois catégories de salariés « invisibles », les ouvriers travaillent, par exemple, davantage dans le bruit (41 %, contre 36 % des invisibles et 27 % des autres actifs), à des postes de manutention (38 % contre 30 % des invisibles et 23 % des autres actifs) et dans des postures pénibles (37 %, contre 29 % des invisibles et 14 % des autres actifs). Les personnes isolées et fragilisées subissent, elles, pour deux tiers, les horaires irréguliers (contre 64 % pour les invisibles et 53 % pour les autres actifs) avec une forte accélération du rythme de travail depuis le Covid (27 %, contre17 % pour les invisibles et les autres actifs).

Conséquence de ces travaux pénibles : seulement un travailleur « invisible » sur quatre se sent en capacité d’exercer son activité jusqu’à la retraite. D’autant que contrairement à une grande partie des actifs qui s’est installée dans le télétravail depuis la crise sanitaire, ils sont, eux, obligés d’œuvrer sur place.

Moins d’autonomie dans leur travail

En outre, les travailleurs de première et deuxième ligne disposent de moins d’autonomie dans l’organisation du travail et la gestion du temps.

Les personnes isolées et fragilisées parlent d’interruptions régulières, d’ordres et de contre-ordres provoquant une charge mentale importante (46 %, contre 43 % pour les invisibles et 47 % pour les autres actifs) : 23 % estiment ne pas pouvoir bien faire leur travail (contre 14 % des invisibles et 10 % des autres actifs)

Rien d’étonnant dans ce contexte qu’ils dénoncent un manque de reconnaissance professionnelle bien qu’ils se sentent en moyenne plus utiles à la société par leur travail que les autres actifs.

La voiture reste le mode de transport le plus utilisé pour se rendre au travail

Autre constat : La hausse des prix de l’énergie les touche de plein fouet. Ils vivent principalement hors des métropoles et la voiture leur est indispensable.

« L’accumulation de toutes ces contraintes creuse un fossé significatif, voire un décrochage complet entre les invisibles et le reste de la population en emploi », remarque Patrick Levy-Waitz, président de la Fondation Travailler autrement.

Plus de 80 % des familles monoparentales sont à la charge d’une femme

La Fondation et ses partenaires alertent par ailleurs sur la situation des familles monoparentales, un modèle qui concerne 25 % des familles françaises, dont 82 % sont à la charge des mères. L’étude pointe la grande concentration de ces familles parmi la population d’« invisibles ». « Sur 10 femmes qui travaillent et qui sont en situation de monoparentalité, plus de sept font partie des Invisibles. La monoparentalité, souvent subie, agit comme un facteur qui impacte, amplifie et aggrave tous les autres, et complexifie le quotidien », affirment les auteurs de l’enquête.

« Ces salariés qu’on qualifie d’Invisibles ont un rôle majeur, nous l’avons tous compris avec la crise sanitaire, dans le fonctionnement de notre économie et de notre société, commente l'ancienne ministre du travail, Myriam El Khomri, directrice du Conseil et de la stratégie RSE du groupe Diot Siaci, dans un communiqué de la Fondation. Pour leurs employeurs, se pose donc la question de l’attractivité des métiers qu’ils occupent, de leurs conditions de travail et de leur engagement professionnel, de la maîtrise de toutes ces difficultés du quotidien qui viennent percuter leur vie professionnelle. »

 

Méthodologie : deux millions de données analysés

Pour cette deuxième étude de la Fondation Travailler autrement, en partenariat avec le Diot-Siaci Institute et Temps Commun, a interrogé plus de 4 000 invisibles, en effet miroir avec plus de 600 Français du reste de la population active.

Au travers de 140 questions, la Fondation leur a demandé de détailler leur travail (conditions de travail, pénibilité, stress, fierté au travail, rapport au management) et leur vie quotidienne (famille et modes de garde, logement, transports, loisirs, habitudes de consommation).

Au total, deux millions de données ont été recueillis.

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Anne Bariet
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Une étude de la Fondation Travailler autrement, dévoilée le 29 avril, dresse le quotidien de ces 11 millions d’actifs essentiels. Si les métiers exercés sont différents, plusieurs points dominent : des conditions de travail pénibles, avec plus d’horaires irréguliers, morcelés ou décalés ainsi qu’une forte précarité. Quatre ans après le Covid-19, les invisibles ont-ils été oubliés ?
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