IA : les accords d’entreprise se concentrent sur l’emploi, pas sur les transformations du travail

Published on October 4, 2024
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Dans une analyse publiée le 4 octobre, des chercheurs du centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) relèvent que l’emploi prime sur le travail dans les accords d’entreprise français qui mentionnent l’intelligence artificielle (IA) signés entre 2017 et 2024*. Ils ont notamment analysé les cooccurrences (fréquence à laquelle deux mots apparaissent ensemble) dans les accords d’entreprise qui mentionnent l’IA (depuis 2017, seulement un peu moins d'un accord sur mille fait référence à l'IA). Résultat : l’emploi (compétences, traitement des données, formations) apparait davantage que la transformation du travail (santé, télétravail, activité).

Les chercheurs précisent que le travail « ne dépasse pas le cadre traditionnel des négociations sur le travail » et que les enjeux de santé et de télétravail « sont [...] minoritaires (11 % des accords d’entreprise), composés de 3 accords innovant (provenant de la même organisation) sur l’insertion des travailleurs handicapés et de 24 accords sur le télétravail qui garantissent que l’activité des télétravailleurs ne sera pas surveillée par des outils d’IA ». Et constatent que l'IA est particulièrement présente dans les négociations sur l'emploi : 34,7 % des accords qui mentionnent l’IA traitent de l’emploi, tandis que 3,9 % de l’ensemble des accords d’entreprise signés sur la période portent sur cette thématique (écart de 30,8 points de pourcentage). « Cette surreprésentation reflète les inquiétudes et les interrogations concernant la préservation des emplois dans un contexte de transition digitale », interprètent les chercheurs. 

« Actuellement, les discussions se concentrent principalement sur les enjeux d’emploi, concluent-ils. Il est crucial d’élargir le dialogue aux transformations du travail induites par l’IA. Cette perspective plus large permettrait d’orienter l’utilisation de l’IA vers l’amélioration des conditions de travail et une meilleure adaptation aux besoins des travailleurs, avec des effets bénéfiques à long terme sur l’emploi. »

Notons que l'IA s'invite surtout dans les accords des entreprises du secteur de l'information et de la communication « dans une tonalité prospective ». Puis dans ceux du secteur de la finance et des assurances dans lesquels « il est plus explicitement question de substitution des travailleurs » (automatisation, agents conversationnels). Et dans les accords des industries manufacturières « avec une teneur moins prospective » (automatisation déjà établie). 

 

*Les checheurs ont analysé 285 421 accords d'entreprise. Ils ont trouvé 331 paragraphes qui mentionnent l'IA dans un total de 242 accords signés par 160 organisations. Ils ont traité ces données via des analyses lexicométriques (comptage de mots, analyse des cooccurrences), enrichies par des informations renseignées sur Légifrance et par la lecture complète d’une sélection d’accords. « Ces données ne constituent bien évidemment qu’une trace des discussions menées en entreprise autour du déploiement de l’IA », préviennent-ils.

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Matthieu Barry
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