
L'absentéisme au travail : un recul global masquant des signaux d'alerte
Les arrêts de travail amorcent un léger recul. Selon le baromètre du groupe de conseil et de courtage Diot-Siaci* (en pièce jointe), présenté le 9 avril, le taux d'absentéisme a atteint 4,84 % en 2024, contre 5,06 % en 2023 et 5,64 % en 2022.
Reste que plusieurs clignotants sont au rouge. Car si le taux d'absentéisme diminue globalement, la durée moyenne des arrêts est en constante augmentation, avec 21,5 jours d'absence, dans la continuité de l'évolution observée entre 2022 et 2023. Les arrêts longs (plus de 90 jours) affichent un niveau toujours élevé (avec un taux de 2,63 % en 2024, contre 2,70 % en 2023) et représentent plus de la moitié de l’absentéisme, contre 0,16 % pour les arrêts de moins de quatre jours.
Toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées. Mais à y regarder de plus près, les cadres sont de plus en plus absents. La tendance observée en 2023 se confirme, avec un taux d'absentéisme pour les cols blancs de 2,29 % en 2024, en progression de 0,03 point par rapport à l'année précédente.
Autre fait notable : les maladies ordinaires ou saisonnières (grippes, bronchites, gastro-entérites...) sont en augmentation, passant de 44 % en 2023 à 54 % en 2024. La fatigue arrive en deuxième position, suivie par les risques psychosociaux et les troubles musculosquelettiques.
De fait, « en dépit d'une forte automatisation des process de production, les contraintes physiques, liées à des conditions de travail difficiles, n'ont pas disparu. Ces problématiques restent très présentes dans les raisons d'absence », souligne Sabeiha Bouchakour, directrice conseil QVT-prévention au sein de la société Diot-Siaci.
Plus d'un salarié sur deux a des contraintes d'organisation au travail, qu'il s'agisse du travail le week-end (35 %), de travail en horaires décalés (29 %), d'horaires postés (23 %), d'horaires fractionnés (19 %), d'horaires de nuit (14 %) ou d'autres astreintes régulières (14 %).
Au global, 46 % des salariés déclarent exercer un métier qui a un impact sur leur santé physique.
Ces contraintes physiques ne sont pas sans incidence sur la santé mentale : les gestes répétitifs ou encore les horaires décalés jouent également sur le moral des salariés ; ces deux caractéristiques pouvant être cumulatives.
À noter également : après avoir connu un taux record en 2023, l'absentéisme lié aux accidents du travail et aux maladies professionnelles se maintient à un niveau élevé (0,78 %).
À cela s'ajoutent des arrêts dus au stress et à la charge de travail, des facteurs ayant des conséquences importantes sur la santé mentale. La mise en place du télétravail n'a pas changé la donne. Car si cette organisation a permis de réduire les temps de trajets, elle cumule des handicaps : la charge de travail s'est alourdie et les temps de vie sont plus difficiles à concilier. Ce mode de travail a, de plus, déjà servi de recours pour éviter un arrêt maladie pour plus des deux tiers des salariés concernés.
Autre tendance significative : parmi les salariés n'ayant pas été arrêtés en 2024, 57 % déclarent avoir tout de même été malades sans bénéficier d'un arrêt. À l'inverse, 34 % des absents concèdent avoir fait une pause pour convenance personnelle.
Les entreprises prévoient-elles des mesures palliatives pour faire face à ces absences ? Si les salariés déclarent connaître les actions de prévention mises en place, peu pourraient les citer précisément. Or, près de sept salariés sur dix arrêtés pour un motif autre que la santé considère que l'arrêt de travail aurait pu être évité par la mise en place de certains dispositifs.
Que souhaitent-ils ? Ils plébiscitent en premier lieu des actions de prévention en lien avec la santé mentale et physique et davantage de souplesse dans l'organisation du travail (71 % dans les deux cas). Mais ils sont également partisans d'un plus grand dialogue sur les sujets de santé physique ou psychologique sur le lieu de travail (67 %) et d'une meilleure prise en compte d'éventuelles alertes dont ils auraient fait part (63 %). Enfin, ils sont preneurs d'un dialogue plus régulier avec leurs managers.
Au-delà, les leviers RH peuvent constituer des remèdes efficaces. Car si l'étude n'établit aucune corrélation entre engagement des salariés et absentéisme, elle identifie clairement un lien de cause à effet entre reconnaissance au travail, inégalités de traitement, rémunération insuffisante, faibles perspectives d’évolution professionnelle et santé physique ou mentale. 69 % des personnes sondées estiment, par exemple, que le manque de valorisation du travail leur est préjudiciable. De même, 40 % indiquent qu’une inégalité de traitement par rapport à certains collègues génère des problèmes de santé.
*Le baromètre a été réalisé avec l'Ifop, auprès d'un échantillon de 2 000 salariés dont 876 ayant été arrêtés au moins un jour au cours de l'année 2024, complété par les données de l’Observatoire de la performance sociale mis en place par Diot-Sciaci portant sur quatre années (2021 à 2024).

