
À caractéristiques égales, passer à temps partiel améliorerait les conditions de travail
« Travailler moins pour travailler mieux ? » Le temps partiel améliore les conditions de travail mais dégrade la condition d’emploi, répondent pour l'essentiel deux statisticiens de la Dares, Mikael Beatriz et Louis Erb, dans une analyse sur les conditions de travail des salariés à temps partiel publiée le 24 mai, basée sur les résultats de l’enquête Conditions de travail de 2019.
Si les auteurs soulignent que les conditions de travail des personnes salariées à temps partiel sont en moyenne « assez peu différentes de celles à temps plein » à cause de la spécificité des métiers exercés, elles se révèlent « meilleures » à caractéristiques égales lors d'une transition d’un temps plein vers un temps partiel. En pratique, elles diffèrent selon le motif du temps partiel.
« À caractéristiques équivalentes, le passage à temps partiel est associé à une réduction des contraintes physiques, de l’intensité du travail et des contraintes horaires », constatent ainsi les statisticiens, après avoir normalisé les effets des motifs déclarés du temps partiel (études, retraite, santé, motifs familiaux, emploi incomplet, conditions de travail intenables, etc.), de la nature du métier et du profil des salariés*.

Cette réduction serait par ailleurs « proportionnelle à la baisse de la quotité de travail [pourcentage de temps de travail d'un salarié à temps partiel par rapport à un emploi à temps plein, ndlr] », constatent les auteurs. Pour les passages à mi-temps ou moins, l’exposition à des exigences émotionnelles, à des rapports sociaux dégradés, à des conflits de valeur ou à un manque de reconnaissance diminuerait également. Seul le manque d’autonomie ne serait pas corrélée au passage à temps partiel (quelle que soit la quotité).
Ces meilleures conditions de travail seraient dues à « une baisse de la durée d’exposition à certaines nuisances » (relative à la baisse de la durée de présence au travail) et à une modification de la « perception de certaines contraintes », supputent les auteurs.
Ces dernières seraient relativisées grâce au temps dégagé pour les appréhender : « [Le temps partiel] ne diminue pas, par exemple, le poids d’une charge lourde en soi, mais une durée du travail plus faible permet, entre autres, d’accroître le temps de récupération du corps du travailleur, et donc que la charge soit ’moins lourde’ à supporter », illustrent-ils.
A contrario, « l’insécurité professionnelle augmente […] en moyenne lors d’un passage à temps partiel », relèvent les statisticiens. Avec en prime, une « baisse proportionnelle du salaire » à la baisse de la quotité de travail, elle-même « potentiellement associée à une réduction des opportunités professionnelles ». Un paradigme dont les salariés à temps partiel à 80 % ou plus échapperaient peu ou prou, au prix d’une intensité de leur travail semblable à celle des salariés à temps plein, et d’un manque de reconnaissance qui « augmente ».
Les auteurs pointent ici le rôle joué par les dispositifs spécifiques, comme la prestation partagée d’éducation de l’enfant (PREPARE), qui « prévoient […] souvent des garanties pour un futur retour à temps plein ». Quant au manque de reconnaissance, la raison serait liée à « la poursuite d’une activité professionnelle élevée malgré un salaire en baisse, et des perspectives de promotion réduites ».
Selon les statisticiens, les conditions de travail des salariés à temps partiel varient « nettement » selon les motifs déclarés. Alors que les étudiants à temps partiel pâtissent « globalement » de conditions de travail « plus dégradées » que les autres salariés à temps partiel à cause notamment de la nature du métier exercé (restauration rapide par exemple), les personnes qui travaillent à temps partiel pour compléter un revenu durant leur retraite ou pour d’autres raisons (temps libre, etc.) présentent des conditions de travail « globalement meilleures ».

Les personnes à temps partiel pour raison de santé bénéficient d’une moindre insécurité professionnelle, d’horaires moins contraints, mais font face à « des conflits de valeur plus prononcés et une moindre reconnaissance que pour les salariés à temps plein ».
Quand les personnes à temps partiel pour motif familiaux souffrent d’une insécurité professionnelle « plus élevée » que celle des autres salariés à temps partiel et de ceux à temps plein.
Enfin, les personnes à temps partiel pour emploi incomplet présentent des conditions de travail « les plus proches de la moyenne des personnes salariées à temps partiel ».
Notons qu’en 2019, 83 % des 4,3 millions de personnes à temps partiel sont des femmes. Seulement 10 % sont des cadres, quand 53 % sont des employées. La majorité des emplois occupés par ces salariées à temps partiel sont concentrés dans quelques métiers (agentes d’entretien, aides à domicile et aides ménagères, employées de maison, aides-soignantes, infirmières, sages-femmes, vendeuses, etc.).
*Les statisticiens ont utilisé des modèles pour isoler l’effet de la réduction du temps de travail sur les conditions de travail. Lesquels s'appuient sur la méthode des « effets fixes ».« Elle neutralise l’ensemble des caractéristiques propres à l’individu si celles-ci ne varient pas dans le temps, expliquent-ils. En particulier, la spécificité du métier, a priori corrélée aux conditions de travail, est ainsi contrôlée si la personne ne change pas de métier entre deux éditions de l’enquête. » D'autres caractéristiques susceptibles d’évoluer dans le temps ont été contrôlées directement : trajectoire professionnelle (fait de changer de métier ou d’établissement employeur), âge, ancienneté dans l’emploi, taille de l’établissement, durée du contrat et catégories socio-professionnelles, ajoutent-ils.

