[Infographie] Législatives 2024 : les conditions de travail, thème quasi absent des programmes

Published on June 27, 2024
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À l’heure où nous écrivons ces lignes, soit quelques jours avant le premier tour, la courte campagne médiatique et électorale des législatives aborde peu voire pas la santé au travail, la qualité de vie au travail ou les conditions de travail. Au même titre que la culture, les services publics* ou même la crise climatique. Selon une analyse publiée le 26 juin par la Fondation Jean-Jaurès, think-tank social-démocrate, 11 % du bruit médiatique de la campagne évoque le sujet des retraites (premier thème cité), suivi par le pouvoir d’achat (7 % du bruit médiatique), l’immigration (6 %) et l’antisémitisme (6 %).

RN et LR, peu ou pas de QVCT

C’est d’ailleurs par l’angle des retraites que le Rassemblement national évoque la prise en compte de « la pénibilité réelle des emplois faiblement qualifiés » dans son programme. L’une des seules propositions du document qui traite de la qualité de vie au travail avec l’organisation d’une « conférence sociale sur les salaires et les conditions de travail ». D’un point de vue « santé globale », le parti promeut une reconnaissance de l’endométriose comme affection longue durée et le renforcement du soutien aux proches aidants. Une posture en retrait qui n’empêcherait pas l’attrait des travailleurs les moins lotis en matière de santé en travail (cf. encadré).

Pas bien plus du côté des Républicains qui, divisés et sans programme fixe, proposaient dans un livret de convention du 8 décembre 2020 « d’autoriser les entreprises à fixer elles-mêmes, par un référendum interne, le temps de travail qu’elles appliqueront (de 35 à 40 heures hebdomadaires) ». Des « conventions thématiques » dont ressortait aussi la création d’un « véritable congé des aidants familiaux ».

Gabriel Attal souhaite une « France du bon emploi »

Le programme du parti présidentiel Ensemble contient autant de mesures « QVCT » au sens large, telles que l’adaptation des horaires de travail en période de canicule pour les travailleurs exposés (comme dans le BTP) et l’ouverture dès 2025 d’un droit à un congé de naissance « mieux indemnisé que le congé parental actuel pour renforcer l’égalité entre femmes et hommes ».

Le Premier ministre Gabriel Attal a toutefois ajouté le 20 juin à la presse vouloir construire « la France du bon emploi ». En expérimentant notamment la semaine en 4 jours (sans réduction du temps de travail) « qui permet aux salariés qui ne peuvent pas télétravailler de bénéficier, eux aussi, d’un jour de repos supplémentaire », a-t-il justifié dans un lapsus révélateur. Le candidat de la majorité présidentielle a également évoqué la flexibilité du temps de travail pour les parents divorcés et la création d’un « sursaut face aux accidents du travail avec une COP Travail qui [...] permettra avec l’ensemble des partenaires sociaux autour de la table, d’élaborer un véritable plan de lutte contre les accidents du travail, pour la qualité au travail ».

 

► Lire aussi : AT graves et mortels : le ministère du travail annonce onze nouvelles mesures

 

NFP veut « défendre les droits des travailleurs »

Sans surprise, le programme du nouveau front populaire (NFP) contient davantage de mesures sur la QVCT, les conditions de travail et la santé au travail. La coalition de gauche souhaite notamment organiser une conférence nationale sur le travail et la pénibilité « visant au rétablissement de la durée effective hebdomadaire du travail à 35 heures, au passage aux 32 heures dans les métiers pénibles ou de nuit immédiatement et son extension par la négociation collective ».

Elle entend également « adopter un plan d’action « zéro mort au travail » par le rétablissement des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), l’embauche d’inspecteurs du travail et de médecins du travail, la mise à jour du tableau des maladies professionnelles en intégrant notamment le burn-out » (cf. notre article).

 
Les conditions de travail influencent-elles les comportements électoraux ?

Dans une analyse publiée en début d’année, le chercheur associé à l’Ires, Thomas Coutrot, estime que « la pénibilité physique et le travail de nuit ou tôt le matin […] n’influent pas sur l’abstention ou le vote populiste de gauche, mais sont positivement corrélées au vote RN, et négativement au vote centriste, socialiste et écologiste ».

« La pénibilité physique (qui inclut ici l’exposition à des fumées, des poussières et autres produits toxiques) caractérise des emplois socialement dévalorisés, voire stigmatisés, tandis que les horaires de nuit ou tôt le matin pèsent sur la capacité de participer à la vie sociale, poursuit le chercheur. Tout se passe comme si l’exposition à ces contraintes favorisait l’adhésion des salarié·es concerné·es à la grille de lecture du monde social proposée par l’extrême-droite, marquée par une vision sacrificielle du travail et un rejet de l’assistanat, imaginairement associé à l’immigration. »

S’interrogeant sur « la nature de ce lien [conditions de travail et comportement électoraux] dans les années 1960-1980, où le vote ouvrier penchait fortement à gauche (Cagé, Piketty, 2023, p. 399) alors que l’autonomie au travail n’était sans doute pas plus forte qu’aujourd’hui », le chercheur suppute le rôle important joué par « des "régulations autonomes" portées par des collectifs de travail actifs » qui se seraient étiolées « sous l’impact du néo-management dans les récentes décennies ».

 

*Mécontent que le débat n'aborde pas les services publics, un collectif de fonctionnaires Nos services publics ont créé un comparateur de programmes pour « éclairer les citoyennes et les citoyens sur les enjeux des élections législatives au regard des services publics ».

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Matthieu Barry
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Pour l’heure, la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) compte parmi les nombreux sujets oblitérés par la campagne expresse menée par les trois blocs (Nouveau front populaire, Ensemble, Rassemblement national) et Les Républicains (non ralliés au RN). Quelques « promesses » programmatiques sont toutefois à relever. Bref comparatif.
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