Les conditions de travail contribuent plus que la rémunération à la satisfaction au travail

Published on July 1, 2024
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Dans une analyse publiée le 26 juin sur la satisfaction au travail en Europe entre 2005 et 2015*, le Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) retient que « les dimensions de la qualité de l’emploi contribuant le plus à la satisfaction au travail sont les conditions de travail et le sens du travail ». Elles devanceraient « la rémunération et la conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle » qui ont un « lien significatif […] mais d’une ampleur plus faible ». Viendraient ensuite les opportunités de formation et la sécurité de l’emploi « moins liées à la satisfaction au travail que les autres dimensions ».

Parmi les dimensions influentes des conditions de travail (CT), les chercheurs, Christine Erhel, Mathilde Guergoat-Larivière et Hugo Rouzade, soulignent le rôle joué par la qualité des relations de travail, le stress au travail et l’autonomie. A contrario, la pénibilité jouerait « un rôle moins fort dans la satisfaction au travail ». L’absence de conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle jouerait négativement sur la satisfaction au travail, particulièrement chez les femmes. Et l’effet de la rémunération sur la satisfaction au travail serait principalement transmis par un effet de « revenu relatif » (perception de l’individu, comparaison à une référence personnelle) plutôt que par le revenu absolu.

En 2015, les CT auraient « globalement des effets plus importants » sur la satisfaction au travail qu’en 2005. Idem pour le sens au travail dont l’effet serait « légèrement plus important » en 2015 par rapport à 2005. L'effet de la rémunération, même si moins important que celui des CT, est « l’effet [qui] a le plus augmenté sur la période ». « Le fait d’avoir un niveau de rémunération élevé plutôt qu’un niveau perçu comme neutre ou faible augmente de 107 % les chances de se déclarer dans un niveau de satisfaction supérieur en 2015, contre seulement 66 % en 2005 », évaluent les chercheurs.

Par ailleurs, le CEET enregistre une augmentation des niveaux de satisfaction au travail dans toute l’Europe sur la période, hormis au Royaume-Uni et en Allemagne. Les chercheurs notent une « dégradation de la qualité de l’emploi » outre-Manche (la sécurité de l’emploi diminue sur la période alors que la pénibilité physique et le stress au travail augmentent). Et supposent l'impact négatif des lois Hartz du début des années 2000 outre-Rhin, évoquant notamment l'effet délétaire sur la satisfaction au travail du « durcissement des conditions d’accès au chômage », de la « création d’emplois précaires à bas coût » et d'une « compétition accrue » entre les travailleurs.« On peut faire l’hypothèse que ces fortes transformations des institutions du marché du travail en Allemagne ont entraîné une baisse généralisée de la satisfaction au travail », écrivent les chercheurs.

 

*Le CEET a analysé les apports de l'économie du bonheur à la question de la qualité de l'emploi à l'échelle européenne à travers l'exploitation des enquêtes Sens du travail III et IV réalisées par l'International Social Survey Programme en 2005 et 2015. Six dimensions de la qualité de l'emploi sont recensées (rémunération, sécurité de l’emploi, perspectives de carrières, conditions de travail, conciliation vie pro/vie perso, sens au travail), et leur effet sur la satisfaction au travail est étudié chez 11 525 travailleurs de dix-neuf pays européens.

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Matthieu Barry
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