
Malgré de moins bonnes conditions de travail, les travailleurs de plateforme déclarent une meilleure santé
Au jeu des comparaisons, les indépendants qui accèdent à leur clientèle via une ou plusieurs plateformes numériques (prestataires de services, travailleurs de l’hôtellerie-restauration, professionnels de santé ou artisans)* présentent globalement de moins bonnes conditions de travail que les salariés et autres indépendants, selon une étude de la Dares publiée le 21 novembre**.
Si leur travail est moins sujet aux contraintes physiques, « les travailleurs de plateforme font face globalement à de plus fortes contraintes horaires et exigences émotionnelles, un travail plus intense, et souffrent davantage d’un manque de soutien social », relève le statisticien du ministère du travail, Mikaël Beatriz.

Note : pour chaque dimension des conditions de travail, le score est une somme de différents indicateurs qui y sont associés. Il s’étend de 0 (exposition minimale) à 10 (exposition maximale).
Lecture : en 2023, à caractéristiques égales (sexe, catégorie socio-professionnelle diplôme, âge, ancienneté dans l'emploi), les travailleurs de plateforme ont un score de conditions de travail, en termes de contraintes horaires, 0,3 point supérieur à celui des autres indépendants. Ils ont donc des contraintes horaires plus fortes que les indépendants qui n'ont pas recours à une plateforme de mise en relation.
Champ : indépendants en France hors Mayotte.
Source : Dares, enquête Tracov 2.
Ce qui ne les empêchent pas de déclarer un état de santé « globalement meilleur que celui des autres personnes en emploi ». 30 % d’entre eux déclarent ne pas avoir une bonne ou très bonne santé, contre 37 % des salariés et 35 % des autres indépendants. Un constat « qui ne s’explique pas par des différences de caractéristiques individuelles », évacue l’auteur de l’étude.
« Comme pour les autres indépendants, mais de façon sans doute plus prononcée, ce meilleur état de santé comparé à celui des salariés pourrait être dû à plusieurs facteurs : sélection à l’entrée dans le statut pour être capable de tenir les longues journées de travail ; risque plus élevé de chômage ou d’inactivité pour les travailleurs en mauvaise santé ; "fuite" vers des régimes de protection sociale plus favorables ; reconversions », avance-t-il.
Les travailleurs de plateforme émettent d’ailleurs moins le souhait d’un changement de situation dans les trois ans à venir (20 %) que les salariés (37 %) et, dans une moindre mesure, que les autres indépendants (22 %).
* Selon la Dares, sont considérés comme des « travailleurs de plateforme », les personnes qui dans leur travail de micro-entrepreneur ou d’indépendant, accèdent au titre de leur activité principale à leur clientèle par l’intermédiaire d’au moins une application mobile ou site internet de mise en relation (Uber, Deliveroo, LeBonCoin, AlloVoisins, TaskRabbit, etc.). Un peu moins de 600 personnes ont été identifiées ainsi parmi les répondants à l’enquête, soit moins de 2 % des personnes en emploi en 2023.
** L’analyse repose sur les résultats de l’enquête Tracov 2, réalisée début 2023 par la Dares sur un échantillon de 63 579 personnes âgées de 18 à 64 ans résidant en France, hors Mayotte. 28 122 personnes en emploi ont répondu. L’enquête vise principalement à mesurer les conditions de travail et la santé des travailleurs trois ans après le début de l’épidémie de covid-19, ainsi que la persistance ou non des transformations de l’organisation du travail initiées pendant la crise sanitaire.
