
Pour les syndicats et le patronat, la baisse du temps de travail n’est plus à l’ordre du jour
Mercredi 18 juin à Paris, les rencontres internationales du dialogue social ont réuni une table ronde autour de la diminution du temps de travail. De l’avis unanime des participants, un retour sur les 35 heures, à la hausse ou à la baisse, ne saurait faire de nouveau l’objet d’une législation.
À commencer par le président de la CPME, Amir Reza-Tofighi, qui plaide en revanche pour « une libre définition d’une organisation du travail flexible à travers le contrat de travail » et des négociations de branche « afin de sortir du carcan des 35 heures ». Côté Medef, Samuel Tual, son vice-président et trésorier, met l’accent non sur le temps de travail mais sur le taux d’activité et d’emploi : « Je ne pense pas que la question de fond soit la durée légale du travail, en revanche, on peut se demander si le temps de travail est choisi ou subi, c’est une question de société ».
Côté syndical, Patricia Drevon (FO) s’inscrit contre cette vision : « Je ne pense pas que la question soit le taux d’activité : il est plutôt élevé. En revanche, le problème c’est l’emploi des jeunes et des seniors ». La secrétaire confédérale, ancienne élue du personnel en cabinet comptable, a rappelé au patronat sa signature de l’ANI de 2024 sur les seniors qui prévoyait un contrat de valorisation de l’expérience : « Nous n’en étions pas fan, donc je ne vois pas pourquoi on nous dit de reporter les bornes d’âge de départ en retraite alors que ce contrat permet d’y répondre et fournit aux entreprises la date à laquelle le salarié peut partir ».

Cyril Chabanier, président de la CFTC, met les employeurs face à leurs responsabilités : « Nous ne sommes pas demandeurs d’une diminution ou d’une hausse du temps de travail. Croyez-vous vraiment qu’en travaillant plus et plus longtemps on va régler les problèmes alors que les employeurs sont les premiers à mettre les salariés dehors à 58 ans ? Ces seniors se retrouvent à l’assurance chômage ou en préretraite. L’important c’est se poser la question de la motivation au travail. Des dispositifs ont aménagé les 35 heures, donc ce n’est plus un sujet. Le sujet, c’est donner envie d’avoir envie ».
Pour Franck Morel, avocat associé au cabinet Flichy Grangé, et ancien conseiller social du Premier ministre Edouard Philippe, « on peut se demander pourquoi chaque réforme des retraites engendre un débat passionnel. Parce que nos concitoyens ont une vision dégradée du travail. Ils ne pensent pas forcément qu’en travaillant plus ils vont améliorer leur sort à court et moyen terme. Il faut desserrer l’étau autour de tout ça et donner de l’espace à la négociation collective dans les entreprises et les branches ».
Rappelons que Gérald Darmanin, alors député Ensemble pour la République (EPR) du Nord, plaidait en octobre 2024 pour « mettre fin définitivement aux 35 heures dans le privé » pour réduire la dette budgétaire, estimant que « le sujet en France est qu’on ne travaille pas assez ». Et que l’ex-Premier ministre, Gabriel Attal, appelait à faire en sorte que les fonctionnaires soient « vraiment aux 35 heures » et pas en dessous.
