
La QVCT, un concept encore flou qui s’impose très doucement
"Pour pas mal d’artisans, la QVCT est perçue comme une obligation de plus. C’est toujours mauvais quand ça passe par une obligation, mieux vaut une prise de conscience", explique Laurent Munerot, vice-président de l’U2P, au Trianon, à Paris, le 20 juin 2025. L’ACMS, SPSTI (service de prévention et de santé au travail interentreprises) francilien, y fêtait ses 80 ans, en organisant des tables rondes sur la QVCT (qualité de vie et des conditions de travail). La prise de conscience dont parle Laurent Munerot ne semble cependant pas actée par tous. Et quand elle l’est, faut-il encore passer à l’action. C’est du moins ce qu’il ressort des échanges.
"Le sujet progresse, mais lentement. Il y a une prise de conscience, mais l’enjeu est de massifier jusqu’à la petite entreprise", constate Éric Chevée, vice-président de la CPME. Frédéric Fischbach, président de la CFTC Santé sociaux, abonde : "On remarque une montée en puissance progressive, mais contrastée. Dans les grandes entreprises, nos élus négocient des accords sur ces sujets (aidants, conciliation vie privée et vie professionnelle…), mais cela masque ce qui se passe dans les TPE-PME, qui n’ont pas les moyens de faire de la prévention. À l’inverse, les grandes entreprises ont des services dédiés et sont intéressées par leur sujet à cause de leur taux de cotisation".
De plus, les accords n’ont pas forcément d’effets, d’après Patricia Drevon, secrétaire confédérale chez Force ouvrière. "Ils sont remplis de bonnes intentions, mais il n’y a rien de concret dedans et aucune obligation", regrette celle qui cite quand même en exemple la semaine de 35 heures sur quatre jours volontaire à la SNCF. L’Aract Occitanie a d’ailleurs constaté en 2021 en analysant les accords 2018 et 2019 : "L’appréhension de la QVT dans ces accords semble assez éloignée de la définition et des principes d’action donnés par les partenaires sociaux dans les ANI de 2013 et de 2020. La QVT y est en effet traitée séparément de la thématique de l’égalité professionnelle et se limite souvent à certains sujets : articulation vie privée/vie professionnelle, droit à la déconnexion".
"C’est évident que les ambiances de travail sont essentielles pour la productivité. La QVT est extrêmement importante pour améliorer la productivité. Or, en France, nous avons besoin de l’augmenter", argumente Éric Chevée. Alors que les consultants invités parlent de retours sur investissement, Anne-Michèle Chartier, déléguée nationale santé et travail à la CFE-CGC constate amèrement que "si tous les employeurs devraient percevoir que c’est gagnant-gagnant, ce n’est pas encore le cas". D’un côté, la QVCT comme levier de performance est sur toutes les lèvres, d’un autre, certains, à l’image de Laurent Munerot, invoquent le contexte économique actuel pour justifier les potentielles difficultés à mener une politique de QVCT. "Ce n’est pas une priorité, à tort", reconnaît le représentant de l’U2P.
"Quand j’entends ‘prévention’ je me demande si on utilise le même dictionnaire", pointe Frédéric Fischbach. Même chose pour la QVCT ce 20 juin. Si tous les intervenants s’accordent pour dire qu’il ne s’agit pas de babyfoot ou salle de repos et que beaucoup citent le management comme clé, la définition n’est pas si claire. D’ailleurs, la dernière table ronde a été l’occasion pour l’animatrice de demander à chaque consultant présent sa propre définition.
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"La QVCT n’est pas comprise de la même manière par ceux qui l’ont pensée et négociée et par les entreprises", note Marc Loriol, sociologue du travail et de la santé. Lorsqu’Anne-Michèle Chartier convoque les six fondements de la qualité de vie au travail inscrits dans l’ANI (accord national interprofessionnel) de 2013 (dialogue social de qualité, choix collectif, développement des compétences…), Laurent Munerot préfère les relativiser : "C’était un compromis à cette époque-là. Ce sont des grandes intentions. Cela dépend ensuite des branches".
Branches
Il est vrai que les branches professionnelles sont régulièrement présentées par certaines organisations patronales et syndicales comme le niveau pertinent de réflexion et d’actions sur le sujet. Selon Éric Chevée : "La PME ne va pas inventer le dispositif. Il faut qu’il soit réfléchi au niveau de la branche. La négociation de branche doit préparer des actions de prévention, à porter ensuite dans les entreprises". Le représentant de la CPME constate que toutes les branches ne saisissent pas de ces questions.
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Pour Frédéric Fischbach, il est d’ailleurs "anormal" que l’OPPBTP soit le seul organisme de prévention de branche. Avec la création du Fipu (Fonds d’investissement pour la prévention de l’usure professionnelle), certaines, comme dans le sanitaire et social, réfléchissent à la création d’un équivalent parce qu’il y a un intérêt financier à le faire. Sans concrétisation pour le moment.
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